29 septembre 2007
Vendredi soir
Si je devais retenir quelque chose des soirs où je suis seule.
Un pan de ciel sombre coincé entre deux toits
Le reflet double de la lune entre les plombs de la porte-fenêtre
Le brouhaha des voitures sous la pluie, et qui feint d'être un océan
L'appel d'un chat, tout près de la porte
L'odeur de l'encre, le bruit des pages qu'on tourne, le cliquetis du clavier.
26 septembre 2007
Le temps le temps le temps
Semaine passée aussi vite que la nuit tombe... Je m'agite dans tous les sens, je n'arrive à rien. Besoin de lecture et de calme, j'attends le week-end avec impatience, week-end qui cette fois devrait être désert d'homme : Paolo s'en va, papa est parti, personne ne vient. Il est temps que je me retrouve un peu. Je déteste perdre ma vie. Bien sûr ce n'est pas la présence de mon père – ni même celle de Paolo – qui m'ont empêchée ; non, ce qui m'empêche, ce sont les menus du quotidien : une machine à laver en panne, la visite imprévue d'amis que vous ne désiriez pas forcément voir ces jours-là, une avalanche de travail qui vous suspend plus qu'elle ne vous surmène, enfin plus brièvement, ce quotidien qui ne vous laisse pas même le temps de l'écrire.
Et ce carnet me manque et ma toile et mes livres et et et...
20 septembre 2007
Imprévu
Visite de mon père, qui reste quelques jours avec nous. Je le trouve vieilli, anxieux, presque triste. Nous ne parlons que très peu de la séparation. Il est drôle mon petit papa dans cette maison qui n'est plus la sienne... Il se conduit en invité, j'ai peine à lui faire entendre qu'il chez lui ici, qu'il peut prendre un verre sans s'excuser, s'allonger sur le sofa, ouvrir un placard. Il n'y a guère qu'au jardin qu'il redevient maître des lieux... Comme il traîne, comme il contemple, comme il a l'air heureux de voir le jardin des simples.
Comme il nous gâte aussi le soir, du vitello tonato, des ravioli... Comme je retiens mal mes larmes lorsqu'il me dit combien il avait besoin de me voir. Mon petit papa tout gris, c'est le soleil d'Italie qu'il te faut...
16 septembre 2007
Re-connaissance
Être lue à son insu par ceux qu'on aime — ou pas — doit être bien difficile. Je ne risque rien du côté de Paolo, il respecte ce monde qui n'est pas le sien, il sait que je tiens des carnets, il sait que je tiens un blog. Je lui fais entièrement confiance, il n'ira pas de lui-même ouvrir ce petit pan de moi qui, je le crois, l'affirme et le scande, ne lui est pas destiné. (Mais à qui est-il destiné ?)
Et que faire de cette part inconnue de l'autre : le hasard, notre hasard ? L'exemple de Laurent Nunez tombé ici, me prouve combien, sur la toile — je n'oserai pas un "plus qu'ailleurs"—, la multiplicité des traverses, des parcours possibles de l'autre nous échappe, nous dépasse ?
Bien sûr la vie est un jeu de rencontres, mais qu'en est-il lorsque la rencontre s'opère une deuxième fois, lorsque cette rencontre scinde l'image que l'autre a de nous, définitivement ? L'écriture de soi ici est tranchante, comm un scalpel. L'autre peut nous reconnaître, nous démasquer dit-on. Je n'ai pas peur, je crois, du dessous des masques, mais bel et bien de cette re-connaissance, de cette scission dans le regard de l'autre, de la perte de cette prétendue mais néanmoins désirée — et souvent vécue comme telle — intégrité ?
Brigetoun - entrée du 13 septembre 2007
Je viens de la découvrir sur Paroles plurielles, je trouve son écriture magnifique, vaste, généreuse, et tout en épaisseurs, finesses et profondeurs savamment ravaudées. Ses autres blogs, Autour et Roman de gare, espèce de cahier des charges — interrompu ? — ne font que confirmer mon attachement.
J’ai oublié mon incapacité à y grimper, et voilà, je suis dans ce vert, ou bleu-vert ? Un domaine, enfin, pas comme celui du Baron, cet endroit pour être à part, mais témoin. Et je suis bien, enclose. Avec une musique parfois, même si elle s’accompagne de mouvements, de balancements, s’ils restent doux. Avec la sève. Et des visites ailées. Et une odeur subtile et fine.
Avec l’idée aussi que c’est fugace, que déjà ce monde manque d’épaisseur, et ne peut me cacher, juste brouiller un peu ma présence ou mon ombre, que bientôt la lumière dans laquelle je baigne ne sera plus verte, mais rose, ou beige, ou brune, avant que les branches ne se dénudent.
Le défaut, aussi, rien n’est parfait, de ne pas bloquer suffisamment ma vision de ce qui se passe au dehors, en dessous. Et, à cause de cela, je lève les yeux, dans le bleu qui pourrait être là et je suis les nuages, les longues écharpes blanches qui vont, j’en suis sure, filer dans ce bleu — et puisque le bleu et ces écharpes ne se voient pas, je les attends. Parce qu’elles viendront forcément, ou de jolis cumulus, ou, je peux m’en accommoder, une étendue blanche un peu boursoufflée, mais vivante.
Et dans cet abri, pour emplir mon attente, si elle se faisait réelle, un peu trop vraie, je choisis une des mélodies que Michaux voulait composer
…« Sans s’élever, une mélodie, mais acharnée aussi à ne pas céder tout à fait, comme retenu par ses racines braquées le palétuvier bousculé par les eaux.
Sans arriver à faire le pont, une mélodie, une mélodie pour moi seul, me confier à moi, éclopée pour m’y reconnaître, sœur en incertitude.
Indéfiniment répétée, qui lasserait l’oreille la plus acquiesçante, une mélodie pour radoter entre nous, elle et moi, me libérant de ma vraie bredouillante parole, jamais dite encore.
Une mélodie pauvre, pauvre comme il en faudrait au mendiant pour exprimer sans mot dire sa misère et toute la misère autour de lui et tout ce qui répond misère à sa misère, sans l’écouter…. »
14 septembre 2007
Le Nom sur le bout de la langue
La jouissance espère le sommeil où elle sombre. Elle demande la nuit, qui est toujours la nuit première, qui est aussi la nuit dernière – qu'elle va rejoindre après ce 'laps" de corps et de langage qu'on appelle biographie.
Le langage en ce sens est toujours cette lutte effrayante entre la nuit et le silence. Le langage est la scène primitive qui brûle. Il est cette lutte qui cherche la mort orgasmique qu'assouvit totalement enfin la mort orgasmique. C'est pourquoi retrouver le mot qu'on cherche présente des traits si voisins, même sur le visage des femmes, de l'affleurement catastrophique de l'éjaculation masculine.
• Pascal Quignard, Le Nom sur le bout de la langue, P.O.L, 1993.
G. Klimt, Serpents d'eau IV, détail.
Lait d'amandes
Les ingrédients
120 grammes d'amandes non pelées
1 litre d'eau de source
La préparation
Versez 120 g d'amandes dans une casserole d'eau bouillante. Attendez la reprise du bouillonnement. Egouttez les amandes, puis passez les sous l'eau froide. Monder puis broyer les amandes en ajoutant progressivement l'eau jusqu'à obtenir un liquide blanc assez homogène. Filtrez ensuite le liquide obtenu à l'aide d'un linge frais, que l'on aura préalablement humidifié. On obtient alors le précieux lait d'amandes.
13 septembre 2007
Doutes
Avons pu profiter du jardin ce soir. Un vin de Banyuls, un pullover blanc, on résiste ; on résiste pour surprendre les dernières lueurs du soleil, on résiste pour se suspendre aux larges voiles rouges qui font fondre le bleu du ciel, on résiste pour ne pas rentrer transis, gelés, tremblants. Alors on s'échauffe, on rit, on parle fort – le rouge du vin, le rouge du ciel vous savez, ça rend aimable, ça rend aimant, nous sommes comme deux amants fous,
je suis comme une amante folle, folle de ne pas savoir qui aimer.

12 septembre 2007
Une autre mosaïque...
En rentrant hier, passant par le quartier de la Goutte d'or, puis par celui de Château Rouge, je me laisse prendre aux jeux de couleurs de la foule. Je me laisse prendre mais je ne prends rien vous savez, rien d'autre que des instantanés, des passages fugaces, ces petits rectangles de vies qui ne vous appartiennent pas, mais qui s'impriment dans vos mémoires, et assez fort pour que vous puissez, le soir venu, vous les réciter par coeur. Et derrière la vitre du bus, ce qui se passe devant moi c'est tout au plus une robe verte, un complet gris, une paire d'escarpins blancs trottinant aux côtés de petites baskets rouges, un groupe d'enfants-arlequins qui courent en souriant, cartables bringuebalants, un attaché-case au repos, des épis de maïs grillés sur un caddie blanc, un kilt de fan de rugby saisi par le vent... et puis aussi, des visages tristes, la misère allongée sur un banc, des attentes que le transport n'abolit pas sous vos yeux fuyants.
* *
*
Discussion houleuse pendant le repas avec Carole, devant le regard amusé de Célia et Paolo. La première, qui a tendance à avoir un avis radicalisant sur... disons à peu près tout — vous l'aurez compris, cette tendance m'agace un peu (notez également l'élégante litote) —, me parle d'un livre que je lui avais conseillé : Les Ecrivains contre l'écriture de Laurent Nunez. Ce qu'elle reproche au livre ? "L'arrogance de son auteur", sa manière "d'avancer en penseur révolutionnaire de la littérature", dans des terrains mille fois défrichés selon elle, le ton condescendant avec lequel il "dispense ses petites remarques à des prétendus non-initiés". (Je vous passe le détail, il me faudrait écrire pendant des heures et ma foi, s'il me faut vous l'avouer, j'ai très faim)
J'avais aimé ce livre. Je l'avais aimé pour ce ton léger et ironique (et non pas arrogant selon moi), qui justement rompait avec le sérieux de la question et la manière dont elle avait été traitée dans les ouvrages que j'avais lus jusqu'alors. Toujours est-il que Carole s'est lancée dans une diatribe véhémente qui, je le pense, m'était destinée bien plus qu'à Laurent Nunez...
10 septembre 2007
Le post du lundi soir
Lundi en pente douce. Cette nuit, réveillée par la toux de Paolo, petite toux sèche et nerveuse que je calme d'une simple pastille de miel. J'attends un peu. Il se rendort. Les yeux clos, les genoux repliés, les mains serrées près du visage, il ressemble à un enfant. Je n'ose plus bouger, j'ai trop peur d'arracher l'ange au sommeil. Je pense à nous, à notre éternel drôle de couple, je pense à l'amour, à cet amour-là qui ne se dit pas, à toutes ces autres que j'ai prononcées et reniées tour à tour. Je ne sais pas combien de temps je reste assise sur son lit, je perds toute notion de durée quand je me remémore cette nuit.
Le réveil difficile de ce matin m'a fait entendre que mes pensées avaient dû me tenir éloignée bien longtemps. Journée tout en bâillements, en soupirs, en heures, en minutes, en secondes...
Diantre ! C'est bien là un post de lundi soir me direz-vous ! Combien d'entre nous (chers autres bloggueurs mais aussi chers "tous autres") pour pester le soir contre un lundi ? Ah décidément, ce soir, je suis bien commune ; et vous savez quoi ? J'en suis bien heureuse aussi !


